jörg haider : Un raciste meurt, la presse pleure

Publié le par Vladimir Bukolic

Alors que j'ouvrais difficilement les yeux ce matin, suite à une matinée qui fut grasse et méritée, je me rends comme à mon habitude sur mon ami l'ordinateur et consulte les news de ma terre d'asile, à travers le site internet du journal le Standard. Et là que vois-je en Une ? La tronche de notre ami Jörg Haider, le chef d'un des deux partis d'extrême-droite autrichienne (BZö). Comme je sais qu'il brûle d'envie de refaire joujou dans le gouvernement, je me dis : merde, il a pris le pouvoir par la force cette nuit, c'est notre nouveau dictateur, tous aux abris !
Mais après lecture des titres, j'apprends une autre nouvelle : le bonhomme  est décédé hier en voiture sur la route alors qu'il rentrait chez lui, en Carinthie.
La presse lui fait une belle révérence
Jörg Haider, chef du BZö en AutricheComme souvent à la mort d'un quidam qui était peu ou prou sous les feux de la rampe, la presse nationale a du mal à ne pas verser des grosses larmes. On ne cesse, dans le Standard (journal de gauche, hum !,) de répéter que "cet homme a marqué la vie politique autrichienne", (entre 1 et 5 fois par article),  parce que vous comprenez un journal il faut le remplir et un lecteur il faut lui enfoncer les vérités dans la tête, alors il y a qu'en rabâchant qu'on arrive à ses fins.
Tout le monde politique se plie également devant le cercueil du malheureux, pour répéter le même discours respectueux de la presse. Seule la président des Verts, Eva Glawischnig, émet une réserve quant à l'action bénéfique du héros sur la politique intérieure autrichienne.
Rappelons que le garçon avait les mains dans le cambouis autrichien depuis un certain nombre d'années, puisqu'il a participé au gouvernement avec Wolfgang Schüssel (une petite coalition droite-extrême-droite, ça se refuse pas , hmmm?) et    
Le gendre idéal... si vous n'êtes pas Slovène         qu'il a été le gouverneur de la Carinthie (1ère fois en
1989), élu, réélu et réréélu.                           
 
Les aventures de Jörgi dans ce "Bundesland" de l'Autriche, situé à la frontière avec la Slovénie sont à la fois vilaines et grotesques. Imaginez-vous que sur son territoire beau et pur vivent de nombreux Slovènes depuis plusieurs années déjà.
Ils forment même la principale minorité de Carinthie. Pouah des Slaves qui  mettent leurs sales pattes partout !  Inimaginable pour M. Haider. Alors à défaut de pouvoir croquer tous les Slovènes de Carinthie (il craint les problèmes d'estomac, ces slaves, ce n'est pas très digeste), il fait enlever les panneaux de signalisation bilingues qui avaient pourtant été posés complètement légalement. Son explication : "Bordel on est en Autriche, alors si on veut circuler, eh ben faut lire l'allemand !"  Sauf que cet acte n'a pas été voté par qui de droit, il est donc illégal. Le gouverneur délinquant est chargé de remettre les panneaux à leur place.
L'extrême-droite
En matière de racisme, le petit Jörg a de qui tenir. En effet, ses parents n'étaient pas des moitiés de collabos : son père faisait partie des SA et sa mère appartenait à l'association allemande des femmes nazies. A entendre certaines de ses déclarations, on sent l'inspiration parentale. Il a notamment qualifié la politique du IIIe Reich de "convenable" (ou bien "réglo", quelque chose comme ça), ce qui lui a valu d'être démissionné de son poste de gouverneur (1991).
En 1995, il récidive en qualifiant la Waffen-SS de "partie de l'armée allemande à laquelle il faut rendre honneur". Et on apprenait le week-end dernier la création d'un camp spécial destinés aux étrangers réfugiés délictueux. Un petit hôtel coquet en pleine nature avec un je ne sais quoi de petit goût de camp de concentration, qui lui a valu des remontrances de la part du Haut comissariat aux réfugiés pas plus tard que vendredi.
D'une manière générale, il restera comme le grand prêtre de l'extrême-droite. Son charisme aura propulsé le FPö,  un regroupement fondé par d'anciens nazis qui plafonnait à 4 %, à un résultat historique de 26,9 % aux élections législatives de 1999.
Et actuellement personne n'est à la hauteur dans son parti pour prendre la relève. Même si un regain de sympathie envers son parti de raciste apportera peut-être quelques points au prochain sondage, il ne compensera jamais la perte du leader charismatique.
Au fait, cet accident de voiture sur les routes de SA province, vous ne vous demandez pas comment c'est arrivé ? On parle d'éventuelle malveillance, sans preuve pour le moment. Moi je me suis laissé dire que son conducteur n'avait pas réussi à déchiffrer une indication routière : c'était un panneau en slovène.

Publié dans L´Autriche

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I

simpas ton blog, fais un tour sur le miens, il est vaguement dans le même délire...


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H
Bravo pour ton article mais je me suis laissée dire par de mauvaises langues sans doute que le gugus revenait tout bêtement d'une boîte à partouze homo où il avait ses entrées, et complètement bourré de surcroît. Ach! la nuit des longs couteaux en somme, version Autriche, Jorg, tu déçois ton public, ton mentor avait plus de classe. Hélène Larrivé
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V

Un homme d´extrême-droite qui sortirait du placard, ca ferait sûrement mauvais effet, pas de doute. Surtout s´il en sort les pieds devant.


L
En effet, intéressant, j'en apprends une bonne, alors que je vis avec une Autrichienne ! Et voilà ce que j'ai trouvé sur Internet dans L'Express (je précise au passage que je considère cet hebdo comme de la m... , mais bon, pour le factuel simple et médiatique, je n'ai pas honte de le citer):

"Heinz Fischer, le président de la République, a parlé d'une "tragédie humaine", le chef des sociaux-démocrates (SPÖ) Werner Faymann de la disparition d'un "homme politique d'exception", dont le courage politique suscite même un "profond respect" chez le leader des conservateurs-chrétiens (ÖVP), Wilhelm Molterer."

Et pour l'enterrement:

"Jean-Marie Le Pen, la petite-fille de Mussolini ou encore le fils du colonel Kadhafi ont annoncé qu'ils assisteraient à l'enterrement de Jörg Haider."

La petite fille de Mussolini n'est pas responsable de ses géniteurs. Mais, si il s'agit bien de la prénommée Alessandra, elle est un peu comme Joerg Haider, pas du genre à renier ses origines (fascistes), voyez vous-meme: http://fr.wikipedia.org/wiki/Alessandra_Mussolini

Lunik
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V

Tout à fait, L'unik. Qui ne verse pas dans l'hômmage hypocrite peut être considérer comme un. C'est une surenchère de superlatifs. Mais le Standard est encore resté mesuré, en comparaison au Kronen
Zeitung (cela n'étonnera pas ceux qui vivent en Autriche).
Toutefois attention, les réactions rapportées de Faymann et autres sont différentes en allemand :-) On parle plutôt de quelqu'un qui a marqué la vie politique autrichienne, incontournable, etc.
Pour l'öVP en revanche, j crois que c'est à peu près cela
VBK


S
salut VBK!
j'ai vu ton commentaire sur libé en venant voir comment était prise la nouvelle par la presse française. En y retournant ce soir pour t'y faire un clin d'oeil, je ne le trouve plus... te serais-tu fait modéré??
les réactions des politiciens en Autriche sont en effet très "langue de bois", mais les réactions des lecteurs de Libé sont elles aussi assez surprenantes. Ils considèrent l'évènement comme mineur, alors que ce drôle de personnage a dominé la politique autrichienne des 20 dernières années!
Reste à savoir ce qui adviendra de son parti et ce que feront ses électeurs lors des prochaines élections.
Sur ce bon vent Vladimir, ca m'a fait bien sourire de t'apercevoir sur Libé!
PS : Attention, Haider s'il a permis à son parti d'être au pouvoir, n'a lui jamais fait partie du gouvernement.
PS 2 : à jeudi!
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V

C´est exact, il a laissé la place de vice-chancelier à Susanne Riess-Passer. Il est à espérer
que Pröll (nouveau chef de la droite "normale" ÖVP) n´imite pas Molterer et ne s´allie pas une nouvelle fois avec l´extrême-droite, car il a l´air d´y penser.
Quant au forum de Libé, il est étrangement "modéré" et laisse une grande place aux commentaires plutôt droitiers. 
Merci de ton passage.
VBK


P
Excellente chute (je parle de l'article, bien entendu). En tout cas merci VBK pour cette biographie moins politiquement correct que celle qu'on pourra lire (je suis) partout ailleurs.

Ce matin, vers 13h, je m'étais dit en apprenant cette nouvelle "tiens, faut que j'aille lire la presse autrichienne - avec mon allemand rudimentaire - pour savoir comment ils traitent cette information". La lecture des premières lignes de ton article m'en a finalement dissuadé.

En tout cas, merci de (re)mettre en lumière le sombre côté du sinistre personnage.
Et oui, sans doute aura-t-il "marqué la vie politique autrichienne", comme malheureusement Le Pen aura marqué la vie politique française, mais ces marques sont des cicatrices que nous espèrons ne plus jamais voir s'infecter.
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