Transports publics et circulation
Chapitre 1 : « Fahrausweis, bitte ! »
A Vienne, les transports en communs sont gratuits. Il y a bien des distributeurs de tickets avec des prix exorbitants affichés, mais c´est juste pour que les touristes ramènent un souvenir de la ville. Dans le salon avec un cadre en bois rustique, ça donne tout de suite du cachet et puis ça reste moins cher que Stephansdom (la cathédrale de Vienne) dans une boule de verre qui joue à la tempête de neige quand on la secoue.
D´ailleurs, l´absence manifeste de contrôleurs tend à prouver la gratuité du service. Ce serait pourtant une super photo de vacances : toute la famille souriante, heureuse (sans le chien qui est resté chez la voisine) qui pose avec le contrôleur autochtone au langage bizarre. Les enfants pourraient lui demander un autographe (en plus généralement les contrôleurs sont prévoyants et emmènent toujours leurs carnets d´autographes pour les fans). Mais non, la ville de Vienne reste désespérément fermée à cette attraction touristique et lui préfère des bâtisses historiques, des parcs avec des arbres, de la bouffe, bref des trucs qu´on peut aussi bien voir à la télé.
Toutefois, cette règle a ses exceptions et elle n´est pas pour les touristes : les transports de Vienne ont mis en place un service de faux contrôleurs qui n´officient qu´à 6h du mat´. Comprenez, tous ces employés qui arrivent au bureau tôt le matin honteusement endormis, qui prennent un temps infini à boire leur café, c´est une véritable perte financière qu´on ne peut accepter ! Le travail de réveil doit donc se réaliser en amont et de préférence sans douceur.
J´ai testé moi-même et ça marche. Déjà qu´à cette heure-là, c´est dur de ne pas se tromper de ligne et de trouver la porte du métro. Alors s´il faut en plus guetter l´homme suspect qui est derrière, lui passer devant sans avoir l´air de fuir, tout en mettant une distance respectable entre lui et vous, préparer une potentielle argumentation bidon avec un air d´étranger innocent…. ça devient un véritable rôle d´acteur studio. Je connais pas beaucoup de comédiens qui joueraient à 6 h du matin sans public, sans caméra (sauf les caméras de surveillance), sans cachet, avec en plus le risque de payer 70 euros (à part peut-être à La Croix-Rousse). Dommage : ce serait pourtant le moyen de concilier les idées de certains politiciens à la fois sur la France qui se lève tôt et sur l´abolition des privilèges de ces parasites intermittents du spectacle…